Un automne à Chalopy

Le moins qu’on puisse dire, c’est que notre premier été à Chalopy était des plus agréables. Il fait chaud dehors, tempéré dans les caves, la faune et la flore sont pleines de vie et les Saint-Rémois et Saint-Rémoises très accueillants ! Nous disposons aussi d’eau douce à volonté et d’une installation électrique sommaire mais fonctionnelle (pour cela, un immense merci aux occupantes et occupants précédant, SRVT et Nucleus, pour leur travail sur le site Ethni’cité).

Un petit café sur la terrasse pour commencer la journée, pas trop dure la vie !

La belle saison s’est prolongée longtemps cette année, mais, climat tempéré oblige, les douces températures estivales ne sont pas éternelles et le froid est tombé brutalement sur nos existences troglodytiques.

Heureusement, grâce aux travaux effectués par Florent et Simon cet été (voir le premier article), deux petites chambres ont été vidées, nettoyées, chaulées et sommairement aménagées.

Sur cette base, nous avons lancé notre plan « Grand Froid » avec deux axes de travail : chaleur et eau chaude.

Avoir chaud ! (Ou à défaut, avoir moins froid)

Pour éviter que la chaleur ne sorte et que le froid ne rentre, nous avons effectué une première isolation des chambres à coucher. Le défi dans les troglo’ c’est de trouver le bon équilibre entre ne pas assez isoler (et donc, avoir froid) et trop isoler (et donc, empêcher l’humidité de sortir et se retrouver dans un sauna).

Simon (à gauche) et Raphaël (à droite) en train d’isoler la porte du « bureau » d’Ethni’cité, devenu chambre de fortune

Mais qu’est-ce donc que ce matériau ? Mais… On dirait du polystyrène, c’est pas du tout écologique ça ! Eh oui, c’est vrai, c’est bien du polystyrène, mais c’est de la récup’ Monsieur, Madame.

Et pour produire de la chaleur dans notre salle commune, nous avons remis en service la cheminée. Nous nous sommes aussi fait livrer du bois par une entreprise locale, que nous avons tenté de stocker de la manière la plus sèche possible.

Les six stères avant et après rangement. Autant vous dire qu’à deux nous avons fait quelques aller-retour !
Ah le feu !

La bataille de l’eau chaude

Avant même que ne commence le défi de l’installation d’un système d’eau chaude, la question du chauffe-eau fut une véritable discussion éthique, presque une question existentielle : devons-nous installer un chauffe-eau ?

Dans un futur plus ou moins proche, nous voulons installer un système capable de produire de l’eau chaude en consommant le moins possible d’énergie fossile ou d’électricité. Les bonnes idées ne manquent pas : faire passer des tuyaux de cuivre dans un compost (qui, bien géré, peut monter jusqu’à 60°C), installer des panneaux solaires à eau chaude (l’eau est simplement chauffée par le rayonnement du soleil sur le panneau, sans électricité) ; installer chaudières/bouilleurs pour poêles à bois (un peu comme ceci) etc.

Notre crainte étant que disposer du confort facile d’un chauffe-eau électrique ne réduise notre motivation à installer une alternative écologique.

Mais la réalité et les températures négatives sont arrivées, et nous nous sommes bien vite rendu compte qu’il nous fallait une solution temporaire. Quand faire la vaisselle et se laver sont des défis, nous avons moins d’énergie pour avancer sur nos vrais travaux dans les salles (qui feront l’objet d’un autre article bientôt 😉). En toile de fond de cette réflexion sur le chauffe-eau se trouve celle de la « matrice sociale » de la technologie : quelles technologies souhaitons-nous, ou pas, utiliser en fonction du type de société que l’on cherche à construire*.

Dans l’épisode 1, vous aviez pu voir que nous avions installé une cuve pour récupérer l’eau qui s’écoule par une rigole à l’intérieur d’une des caves.

D’après les vidéos d’explication du Roi Merlin, installer un chauffe-eau c’est un niveau de difficulté « un marteau » sur trois, donc nous partons confiants, ça ne doit pas être bien compliqué.

Oui mais bon, ça c’est vrai si l’on branche un chauffe-eau sur un véritable réseau d’eau froide, sous pression.

Par ailleurs, il nous faut une installation facilement déplaçable et démontable, car c’est une installation provisoire à un emplacement… provisoire !

Après avoir fait quelques schémas (trop peu lisible pour être présentés ici !), le plan est clair :

  1. Récupérer l’eau qui ruisselle dans une cuve (qui ne doit pas geler)
  2. Pomper cette eau puis la renvoyer avec la pression adéquate à l’aide d’un groupe de surpression
  3. Raccorder le tout au chauffe-eau ainsi qu’au mitigeur pour produire de l’eau à la température désirée
  4. Installer une évacuation

En image, ça donne ça :

Étape 1 : creuser dans la boue un nouvel emplacement pour la cuve. Évidemment, nous ne pouvons pas empêcher la source de couler pendant que nous creusons…
Cela n’aurait pas été bien difficile si en creusant nous n’étions pas tombés sur du béton, des restes de tuyaux et des plaques de métal…
Étape 2 : installer le surpresseur.

Le tuyau noir pompe l’eau dans la cuve et les deux tuyaux bleu renvoient l’eau sous pression vers le chauffe-eau et le réseau d’eau froide. Le tuyau vert permet de prendre de l’eau directement à la pompe.

Bon, comme ça on dirait que c’est tout bête, mais quand on débute en plomberie, les raccords soulèvent de nombreuses questions : ce clapet, c’est du 20/27 ou du 27/34 ? Du ½ ou du ¾ ? On parle de la prise mâle ou de la prise femelle ? Est-ce que cette dénomination est sexiste ?

Étape 3 : raccorder l’eau chaude et l’eau froide à notre petit mitigeur de récup’
Et voilà notre installation temporaire et démontable : ça ne ressemble pas à grand-chose, mais c’est parfaitement fonctionnel. Nous sommes partis d’un ridicule ruissellement dans la cave pour finalement avoir de l’eau chaude sous pression. A nous les douches brûlantes !

Et pour finir en beauté, quelques images d’une matinée d’automne à Chalopy :


Malgré les différentes luminosités, les trois photos ont bien été prises au même moment !


*Sur cette question, développée par Murray Bookchin, l’extrait suivant est assez parlant : « Dans l’optique de l’écologie sociale, les choix des technologies, dégagés enfin des contraintes marchandes, seraient directement décidés par les collectivités locales et soumis à de nombreux impératifs d’ordre éthique et démocratique, en fonction de leur utilité sociale et du contexte environnemental bien spécifique du lieu où elles sont utilisées. Bookchin parle ainsi de « matrice sociale » de la technologie, de la capacité de choisir celle-ci en fonction du type de société dans lequel on s’inscrit. Ce choix se révèle fondamental afin de contrôler la technologie tout en évitant qu’elle nous contrôle, et d’en tirer tous les avantages, pour nous et la biosphère, sans en subir les graves inconvénients ».

Vincent Gerber, Floréal Romero, Murray Bookchin & l’écologie sociale libertaire, Paris, Le passager clandestin, 2019, p36

3 réflexions sur “Un automne à Chalopy

  1. Dame Cunégonde

    Bravo, je suis très admiratrice ! J’imagine la joie de profiter de l’eau chaude, après tous ces efforts, on doit ressentir une immense satisfaction..!

    J'aime

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